De l’humour de l’art à celui de la critique

د.ت5 TND

Je suis enchanté de participer à ce colloque sur la critique d’art, car c’est un sujet d’une actualité sempiternellement brûlante. En effet toute critique d’art se fonde sur un jugement esthétique émanant d’une expérience esthétique, qui, dans son idiosyncrasie même, est nourrie d’une certaine vision du monde. Tous les dialogues de Platon témoignent de l’ambivalence du « philosophe-esthéticien », troublé, inquiété, dérangé, hystérisé, « daïmonisé » ou enthousiasmé, par la beauté de cet « art de caverne », qui met la « cité juste » en danger, « la cité close » en mouvement.

L’artiste miméticien est-il un sophiste, flatteur et démagogue (pasophos), qu’il faut bannir comme un dangereux malfaiteur ou bien un philosophe maïeuticien, divin et (e)ironique, qu’il faut célébrer comme un Socrate prométhéen ? De La République au Sophiste, en passant par l’Hippias, le Banquet, le Phèdre,l’Ion et leCratyle, Platon hésite, varie, flotte, se contredit ; passant du costume monochrome/tone du « géomètre-roi-censeur » à celui bariolé –poikilos– du critique-esthète aux cent cœurs ; comme pris de tremblés. Des goûts et des couleurs de l’œuvre d’art, l’homme discute sans fin, car au fond même de ses jugements les plus catégoriques, il sent, comme Shéhérazade, que la fin de la conversation serait une « paix de cimetière ».

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